L’Europe impose aux grandes plates-formes, comme Facebook (Meta) ou Amazon, de mieux éradiquer les contenus illicites et dangereux en ligne

Photo de profil - DEGROOTE Fabrice | Associé | Lettre des réseaux

DEGROOTE Fabrice

Associé

Digital Service Act (DSA) : COM(2020) 842 final – 15 décembre 2020

Le DSA met à jour une directive sur l’e-commerce qui avait plus de vingt ans c’est-à-dire quand les plates-formes et autres réseaux sociaux aujourd’hui géantes étaient encore embryonnaires. L’objectif de ce règlement qui s’impose aux Etats de l’Union Européenne est de mettre fin aux dérives des réseaux sociaux qui ont souvent défrayé la chronique comme l’assassinat du professeur d’histoire Samuel PATY en France après une campagne de haine à son encontre, en octobre 2020 ; ou bien encore l’assaut de manifestants sur le Capitole aux Etats-Unis, en janvier 2021, en partie planifié grâce à Facebook et Twitter…

Thierry Breton, commissaire européen disait que « tout ce qui est interdit dans la vie réelle le sera désormais sur internet ». Dans cette dynamique le 15 décembre 2020, la Commission européenne a déployé un paquet législatif proposant deux règlements qui s’imposent aux Etats membres de l’Union Européenne, le DSA et le DMA respectivement, « Digital Service Act » et « Digital Market Act » afin de faire d’internet un environnement plus sûr pour les internautes et les consommateurs.

Ces textes mettent à jour la directive « e-commerce » 2000/31/CE qui avait plus de 20 ans et qui avait été appelé à réguler les plateformes alors qu’elles n’étaient encore qu’à leurs débuts. Ainsi, le DSA a dû et su s’adapter rapidement à de nouveaux enjeux liés au développement d’Internet et imposer une régulation ex-ante plus rigoureuse.

La directive « e-commerce » opérait une distinction entre le statut des hébergeurs et celui des éditeurs aux bénéfices des hébergeurs.

Les éditeurs de contenus étaient soumis à des obligations plus grandes du seul fait qu’ils définissaient le contenu devant être mis en ligne.

Le DSA vient alors combler cette lacune, les grands hébergeurs tels que Facebook ou YouTube devant désormais être responsable des contenus qu’ils hébergent.

 

I. Les ambitions affichées par le DSA

 

Le DSA a pour ambition de lutter contre les contenus illicites mis en ligne et contraint les plateformes considérées comme hébergeurs à mettre en œuvre les mesures nécessaires afin de les supprimer ou de les rendre inaccessibles.

Ces derniers sont également soumis au principe de transparence. Ils sont contraints de publier des rapports à raison d’une fois par an minimum et à destination du public. Ces rapports doivent apporter des précisions sur le fonctionnement de leurs algorithmes ainsi que sur les modalités de modération du contenu jugé illicite.

 

II. L’utilisateur : un acteur du projet européen

 

Par ailleurs, le DSA mobilise également l’utilisateur. Celui-ci doit avoir un comportement actif dans la prévention des contenus illicites.

À ce titre, l’accès à un service de plainte doit être possible pour tous. Le règlement prévoit donc des dispositifs gratuits et simples d’accès.

Pour s’inscrire dans cette démarche, les plateformes doivent mettre en place des systèmes internes (signaleur de confiance ou délégué à la conformité) qui favorisent l’efficacité du traitement des signalements. Toutefois, les abus seront sanctionnés.

 

III. Les garanties d’une effectivité du DSA

 

L’effectivité du règlement dépend en grande partie des sanctions proposées. En effet, le DSA affiche des sanctions financières importantes en cas de non-respect du règlement. Les acteurs concernés s’exposent donc à des amendes pouvant atteindre jusqu’à 6% de leur chiffre d’affaires mondial alors même que le RGPD (Règlement général sur la protection des données) prévoit des amendes s’élevant au maximum à 4% du chiffre d’affaires mondial.

Sont également imposé par le DSA, des « coordinateurs des services numériques » dans chaque Etat membre. Ces derniers doivent veiller au respect de la nouvelle réglementation au niveau national.

 

IV. En conclusion

 

Le DSA s’efforce d’apporter à la fois une meilleure surveillance, un contrôle plus rapide et des sanctions plus dissuasives. Ces démarches permettent ainsi de renouveler la confiance de l’utilisateur dans les services numériques.

Ce règlement européen encourage ainsi les Etats de l’Union Européenne à s‘inscrire dans cette nouvelle dynamique qui n’est encore qu’à ces débuts.

 

A rapprocher :  Digital Service Act   (DSA) : COM(2020) 842 final – 15 décembre 2020 ; Digital Market Act (DMA) : COM(2020) 825 final – 15 décembre 2020

Sommaire

Autres articles

some
Le Pass INPI un levier économique au bénéfice des entreprises innovantes
En quelque lignes nous vous présentons un levier économique permettant aux entreprises innovantes de faire financer leur frais de conseils à hauteur de 50 % en quelques clics. S’il existe des leviers juridiques permettant aux professionnels de protéger leur e-réputation,…
some
Protéger sa e-réputation à l’ère du Client-Juge
Article 29 de la Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse Le droit de la consommation offre des mécanismes efficaces de protection de la e-réputation des entreprises lorsqu’elles font l’objet de commentaires portant atteinte à leur…
some
Condamnation à hauteur de trois millions d’euros pour des faits de contrefaçon de logiciel
Tribunal judiciaire de Marseille, 23 septembre 2021, n°16/03736 GENERIX/ ACSEP et autres Par un jugement en date du 23 septembre 2021, le tribunal judiciaire de Marseille a condamné une société pour contrefaçon des codes sources d’un logiciel à hauteur de…
some
Les exploitants de plateformes en ligne ne sont, par principe, pas responsables des contenus contrefaisants mis en ligne par leurs utilisateurs
CJUE, grande ch., arrêt du 22 juin 2021, affaires jointes C-682/18 Youtube et C-683/18 Cyando Par un arrêt du 22 juin 2021, la Cour de Justice de l’Union Européenne rappelle les contours de la responsabilité des exploitations de plateformes en…
some
IKEA France, le procès d’une surveillance à échelle industrielle par la collecte illicite de données à caractère personnel
Délibéré prévu le 15 juin 2021 (tribunal correctionnel de Versailles) Après 8 ans d’enquête, quinze dirigeants de Ikea France – et notamment son Directeur de la sécurité – ont fait l’objet d’une ordonnance de renvoi devant le tribunal correctionnel de…
some
Mention de condamnations pénales sur internet et atteinte à la vie privée du condamné
Cass. civ. 1ère, 17 février 2021, n°19-24.780 Faute de s’inscrire dans un débat d’intérêt général, la mention de condamnations pénales sur un site internet accessible à tous porte atteinte au droit au respect de la vie privée du condamné. En…